Blanche. Je suis face à cette page blanche si commune à mes yeux. Cette couleur qui se rapporte, je ne sais trop pourquoi, à la paix, à la joie. Pour ma part, la blancheur de la page ne me fait nullement penser à quelque chose de bon, quelque chose de meilleur. Non, cette éclatante blancheur qui agresse mes yeux souligne le vide, la désertion des sentiments, des mots, ni plus, ni moins.
C'est ici que tout commence, c'est ici que je fais face au vide perfide, sur cette page étonnement propre. Je ne me battrais aucunement avec mes poings contre ce trou noir, mais plutôt avec des mots, avec des émotions. Les émotions, un bien grand terme, n'est-ce pas ? Depuis peu, ce mot m'intrigue et les sensations elles-mêmes me fascinent comme jamais je ne l'avais été.
Les lubies, j'en ai eu beaucoup, des plus folles que d'autres, des différentes, des plus colorées & des plus tristes. Mais, jamais d'une telle ampleur. J'aime analyser ce que les individus ressentent, j'aime cette sensation lorsque les sentiments deviennent incontrôlables, qu'ils se révoltent contre nous d'une manière tordue. Oui, j'aime le fait que de si minuscules choses nous fassent tourner la tête. C'est hors de notre portée, totalement inaccessible, invisible, insaisissable.
Personnellement, j'ai une étrange manie pour changer subitement d'humeur au gré des émotions qui parcourent mon corps & mon esprit. On pourrait dire que je suis lunatique, mais je ne suis pas sûre que ce soit le mot exact. Comment fait-on pour passer du rire aux larmes, des cris de haine, aux cris de douleur ? Comment fait-on ? J'aimerais tellement comprendre.
Ça en devient lassant cette envie compulsive que j'ai de vouloir comprendre. Comprendre. Apparemment, je suis capable d'être tolérante, oui j'en suis capable, mais les actions d'autrui ne m'indiffèrent pas, j'aimerais comprendre les motivations, les sentiments qui alimentent toutes ces décisions prises. Celles qu'on regrette, celles qui nous semble les meilleures, et celles qui, au final ne changent rien.
Parfois, je me demande si je ne suis pas totalement & irrévocablement démente, pour me poser tant de questions à la minute. A peine une interrogation a-t-elle franchi le seuil de ma conscience, que des milliers d'autres suivent le mouvement. Ce serait peu dire, que de déclarer qu'elles m'accablent ces pensées d'incompréhension. Elles rongent petit à petit mes organes vitaux.
Je cherche, sans relâche, un sens à la douleur. Sans conteste, les sentiments ont une part de responsabilité dedans. Incontestablement. Il m'arrive de me demander, pourquoi sommes nous si écrasés par ce poids indéfinissables. Plus j'y réfléchis, plus je m'y perds. Il y a tellement d'interrogations qui fourmillent, tellement de mots qui apparaissent et se volatilisent dans mon crâne. Une multitude de pourquoi. Une quantité déraisonnable de comment. Des points d'interrogations parsemés un peu partout.
Et dans ce méli-mélo de ce qui me constitue, se trouve également les émotions. Les doutes, les regrets, les fautes, la haine, la peur, que de sentiments peu attachants. Et pourtant, je ne ferais qu'un mensonge éhonté si je prétendais ne ressentir aucune forme d'amour, quelle qu'elle soit. Mon c½ur, referme des litres entiers d'amour inavoué. Un amour qui fait mal, un amour inachevé qui tord mes boyaux quand les yeux curieux sont tournés dans le sens opposé. Triste humanité.
J'ai la jolie impression qu'il n'est pas évident de me cerner. Je conviens que des maux étalés sur une page blanche n'aide pas pleinement. Et pourtant, je pourrais passer des heures à essayer de me décrire, à mettre des mots sur ce que je ressens, mais les mots ne sont pas encore assez véridiques, assez touchant pour vous percuter. Moi-même, je suis à des lieux de savoir ce qui se cache au fin fond de mes entrailles. Mais, je suppose que la meilleure manière de me connaître, ce n'est pas d'analyser mes moindres faits & gestes, ce n'est pas de savoir quel est mon groupe de musique favoris, et ce que j'ai l'intention de faire de ma vie, non la meilleure option que vous ayez c'est de déchiffrer ce tas de mots & de maux. Un travail fastidieux qui peut s'avérer plus compliqué qu'il n'en a l'air. Et malheureusement pour vous, c'est moi. A l'état pur. Sans artifice. Sans colorant. Et par-dessus tout, sans faux-semblant.
Une page blanche, ce n'est pas que le symbole d'une chose bénéfique dont son contraire serait noir. Une page blanche, ce n'est pas qu'un vide que l'on se doit de compléter. Non, une page blanche c'est un morceau de liberté. Une part de chacun, car on l'a remplie comme bon nous semble, sans contrainte, sans obligation. A notre manière, & pas celle d'un autre.
Il suffit de quelques mots accompagnés de quelques gestes pour cerner une personne. A condition d'écouter, & de faire attention.